Appel à une journée nationale du thon rouge le 26 mai 2020

Comme chaque année, la campagne « thon rouge » des thoniers senneurs de Méditerranée approche. A partir du 26 mai, ce ne sont pas moins de 4781 tonnes qui seront pêchées  par seulement 22 bateaux. L’année dernière, l’intégralité du quota a été pêchée en quelques jours seulement. Comme l’explique Charles Braine, président de l’association Pleine Mer :

« Inutile de se perdre en calculs savants pour comprendre l’équation : quand 22 bateaux pêchent 80% du quota national de thon rouge … c’est qu’il y a une injustice quelque part. On est loin des années 2000 où la biomasse de thon rouge diminuait dramatiquement : aujourd’hui le thon rouge est de retour et il est dans la bouche de tous les pêcheurs, qui en observent même en Manche et en Mer Celtique … sans pouvoir le pêcher car certains armateurs se sont accaparés la ressource»

En effet, le thon rouge est de retour, et ce sont les scientifiques qui le disent : le quota est passé de 2 471 tonnes en 2013 à 6 026 tonnes en 2020, soit une hausse de plus de 3 500 tonnes … Mais qui a profité de cette augmentation ? Les senneurs industriels, et les exemples ne manquent pas : un senneur qui avait 150 tonnes de thon en 2013 en possède aujourd’hui 380 tonnes. Les pêcheurs artisans eux, doivent s’estimer heureux quand ils récupèrent quelques miettes de thon : quelques centaines de kilos tout au plus. En effet, sur la façade atlantique on assiste à des situations incroyables. Un pêcheur basque explique :

« J’ai un quota de 220 kg par an. L’année dernière, première sortie au thon rouge, on a pêché 140 kg (quelques poissons) et j’ai du dire aux gars d’arrêter pour ne pas bouffer le quota en une fois. Le lendemain on est sorti au merlu il y avait du thon rouge partout autour du bateau, tellement que ça rendait difficile le lancer des palangres. Sauf que si on pêchait le thon on terminait notre quota pour l’année. C’est complètement aberrant, et surtout très injuste »  

Même son de cloche sur la façade méditerranéenne : si certains ont réussi à récupérer un peu de quota, la majorité n’a pas accès au thon rouge, et reçoit toujours la même justification : les antériorités de capture. En effet, c’est de cette manière que le quota de thon rouge est distribué : ceux qui pêchent le plus de poisson sur des années de références sont ceux qui obtiendront le plus de quota. Une méthode de répartition qui concentre les droits de pêche dans les mains de quelques uns : les armateurs des thoniers senneurs.

Dans le contexte de la crise du Coronavirus, toute la filière semble réaliser la nécessité de relocaliser la production, la transformation et le marché. Cependant, chacun sait que le thon pêché sur les senneurs est ensuite engraissé dans des cages, avant d’être exporté et vendu sur le marché japonais. Une aberration écologique et sociale, quand on sait que des pêcheurs artisans pourraient le capturer puis le vendre sur le marché local, ce qui, après cette période difficile, donnerait de l’air à de nombreuses entreprises de pêche.

Les pêcheurs artisans souhaitent donc se mobiliser et lancent  le 26 mai une journée nationale du thon rouge. Certains appellent même se déclarer « pêcheur de thon rouge » et à « pêcher symboliquement un thon rouge », afin d’alerter la population sur ce sujet. Nous relayons ici leur appel, un appel sans étiquette, initié par quelques pêcheurs, et qui a pour but de mettre en lumière l’injustice que constitue la répartition du thon rouge. Alors, pêcheur, citoyen, acteur de la filière, participez à la journée nationale du thon rouge en remplissant le formulaire suivant, mis en ligne par quelques pêcheurs artisans :

https://forms.gle/9E4RnznJappq7VJR8

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