Compte-rendu de nos échanges avec Pierre Karleskind, président de la commission pêche au parlement européen

Contexte : Crise du coronavirus et aide aux entreprises de pêche

Vous avez été nombreux à nous poser des questions et nous vous en remercions. Nous avons essayé de toutes les poser au président de la commission pêche du parlement européen. Il est cependant nécessaire de garder en tête que ces réponses  sont celles d’un élu, et qu’elles n’auront de valeur à nos yeux qu’une fois mises en place concrètement. N’hésitez pas à réagir à ce post et à interpeller directement les députés français à ce sujet en vous rendant sur le site du parlement européen.

Au sujet des mesures mises en place pour résoudre la crise et soutenir les pêcheurs, Pierre Karleskind a déclaré avoir proposé à la commission une modification du Fond Européen pour les Affaires Maritimes et la Pêche (FEAMP) afin de permettre une mise en place des « aides aux arrêts temporaires », qui « auront la possibilité d’être rétroactives ». En effet, les procédures  administratives seront longues, ce qui inquiète déjà les entreprises de pêche qui ne « retrouveront pas de trésorerie dans l’immédiat ».

Nous l’avons donc interrogé sur les conditions d’obtention de ces aides. En effet, en 2017 par exemple, des conditions drastiques avaient été imposées par l’Europe : 45 jours d’arrêt, comptabilité certifiée par un expert comptable, obligations déclaratives, etc. Des conditions qui avaient exclu de nombreux pêcheurs aux petits métiers, mettant en danger la vie de nombreuses entreprises de pêche. Le président de la commission pêche a assuré qu’il demanderait des amendements pour alléger les conditions d’obtention des aides, afin de leur donner plus de souplesse. Un engagement qui nous parait crucial et qui devra s’illustrer dans les faits : les navires qui sont actuellement cloués à quai devront être indemnisés.

La commission européenne a d’ores et déjà relevé le plafond des aides que peuvent apporter les régions, et a demandé aux directions des pêches de travailler sur des « garanties marées » qui auront pour but l’instauration d’un «service minimum afin de nourrir la population en temps de crise ». En théorie, les navires qui assurent le service minimum seront assurés d’être indemnisés si les prix du marché restent trop faibles. Nous avons insisté sur le fait que cette mesure ne devait pas uniquement bénéficier à l’industrie, mais aussi aux pêcheurs artisans qui souhaiteraient assurer ce service minimum.

Enfin, une aide au stockage devrait être mise en place, afin de surgeler le poisson qui ne trouve pas acheteur. Bien que louable, il nous semble que cette mesure sera extrêmement difficile à mettre en œuvre dans de nombreux ports qui n’ont pas les moyens logistiques de surgeler le poisson.

Les Organisations de Producteurs seront responsables de « réguler le marché » en utilisant les 3 outils cités précédemment : arrêts temporaires, garanties marées et aide au stockage. Le rôle des OPs sera donc crucial, d’où notre question sur les chalutiers géants : alors que certains des administrateurs de des OP LPDB et From Nord ont des intérêts dans les bateaux usines qui travaillent actuellement dans le Golfe de Gascogne, comment faire confiance à ces institutions en période de crise ?

Au sujet des chalutiers géants, Pierre Karleskind a déclaré avoir écrit à la commission pour demander un contrôle de ces navires afin de connaitre les espèces qui sont actuellement pêchées. Il a aussi déclaré avoir appelé le CNPMEM afin de clarifier la situation. Nous doutons forts que ces mesures auront un impact, comme il le dit lui-même « le modèle de pêche néerlandais est un modèle de concentration des entreprises de pêche et il est difficile de le critiquer, même si le modèle français est différent. » Nous pensons qu’il est important de critiquer ce modèle aux impacts sociaux et environnementaux désastreux, et nous continuerons à nous y opposer, tout en défendant les marins qui travaillent actuellement en mer : le problème est lié aux armateurs qui cherchent à faire du profit, et non à ceux qui risquent leur vie pour la gagner.

Enfin certaines questions sont sans réponses. Quid des bateaux qui ne sont pas dans les OPs ? En effet, quand on sait qu’on refuse maintenant à certains bateaux de rentrer dans une OP, en particulier quand ils n’ont pas d’antériorité, une gestion de la crise menée par les OPs peut faire peur.  Et pour les pêcheurs qui viennent de s’installer ? Il sera nécessaire de faire pression sur les banques pour que les nouveaux armateurs ne soient pas pris à la gorge par les crédits. Enfin, en ce qui concerne les petits métiers, les mesures actuelles ne semblent pas suffisamment adaptées. Après un hiver très difficile du une météo exécrable depuis octobre, cette crise est l’écueil qui pourrait couler de nombreux petits pêcheurs.

Nous sommes persuadés que la relance du système pêche passera aussi par les circuits courts, la vente directe et le soutien des consommateurs aux pêcheurs en difficulté. Le président de la commission pêche a semblé enthousiasmé par l’idée des circuits courts, mais a avoué « acheter son poisson au Carrefour de Brest »… espérons que les pêcheurs de Brest, d’Ouessant et du Conquet le convaincront de la nécessité de soutenir la pêche locale en favorisant la vente directe.

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