Le partenariat entre Pleine Mer et ABALOBI

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A quel stade en est le projet ?

Plusieurs ‘tours des ports’ en 2019 ont permis à Pleine Mer d’échanger avec les pêcheurs artisans du problème de la surpêche et de l’érosion de la biodiversité marine, en particulier lors d’embarquements avec les professionnels. L’identification de ce problème par les pêcheurs a rendue évidente la solution des “community supported fisheries” (CSF), véritables contrats où le pêcheur s’engage à pêcher moins et à mieux valoriser chaque prise. Les mangeurs de poisson ont ainsi accès à des produits de qualité, très frais, et encouragent le pêcheur à utiliser des méthodes de pêche durable. Collectivement, les CSF permettent de préserve le commun qu’est la mer.

En février 2019, Pleine Mer publie la cartographie des circuits courts de la pêche, un premier outil collaboratif et évolutif qui permet à chacun de trouver du poisson en direct des pêcheurs artisans, afin de s’engager auprès des pêcheurs pour lutter contre la surpêche. Avec plusieurs centaines de milliers de vues et des dizaines des retours dans la presse, la cartographie (associationpleinemer.com/cartographie-des-circuits-courts-dans-la-peche/) a fait ses preuves, des centaines de citoyens l’utilisent chaque jour depuis sa publication.

Depuis désormais un an, nous développons une application innovante qui a pour objectif de mettre en lien direct pêcheurs et consommateurs. En effet, afin d’engager pêcheurs et mangeurs de poisson dans la gestion durable du commun que sont les ressources marines, il est nécessaire de prolonger la dynamique engagée sur les CSF grâce à la cartographie. Nous travaillons pour cela avec ABALOBI, une organisation sud-africaine qui a développé une application similaire avec les pêcheurs locaux. Depuis un an, nous avons développé collectivement une “interface pêcheurs” qui est actuellement en train d’être testée avec les marins pêcheurs français.

Pourquoi travailler spécifiquement avec ABALOBI ?

ABALOBI est une structure inspirante pour l’association Pleine Mer. L’actuel chargé de mission du projet pêche locale a eu l’opportunité d’observer leurs actions sur le terrain en Afrique du Sud lors d’une expérience précédente. Leur travail sur le terrain dans les communautés de pêcheurs sud africaines a changé la réalité des pêcheurs locaux, qui n’avaient aucun marché pour valoriser leurs produits a la hauteur de leur qualité. Dans certains villages, un seul acheteur avait parfois le monopole sur toute la production des artisans pêcheurs, et achetait le poisson à des prix très faibles. Ce système forçait les pêcheurs à exploiter de grands volumes de la ressource locale, menant à des effondrements de stocks (cas de la langouste de la côte ouest et de l’ormeau) L’application développée par ABALOBI a permis aux pêcheurs de diversifier leurs modes de vente, et de rentrer en contact direct avec les restaurateurs et les consommateurs. Cette augmentation de revenu dans des communautés très pauvres et marginalisées a permis à certains pêcheurs d’envoyer leurs enfants à l’école, aux femmes faire reconnaitre leur travail dans la vente, et aux pêcheurs d’aller moins en mer et de rechercher la qualité au détriment de la qualité. L’état des ressources locales s’améliore chaque jour et la qualité de vie des communautés aussi.

Quelle est l’expérience d’ABALOBI ?

ABALOBI a développé un système incroyablement efficace en Afrique du Sud et soutien de nombreuses organisations dans le développement d’outils relatifs aux CSF. Les quelques images suivantes illustrent le format de l’application sud-africaine et sont utilisation sur le terrain par les pêcheurs. Les compétences digitales d’ABALOBI sont donc parfaitement adaptées au projet, et l’équipe d’ABALOBI peut former le chargé de mission de Pleine Mer à l’utilisation de ces outils.

Quels sont les actions d’ABALOBI sur le terrain en Afrique du Sud ?

L’organisation ABALOBI a développé une application et une plateforme permettant d’encourager le développement des CSF en Afrique du Sud. Aujourd’hui, ce sont de nombreuses de coopératives qui se sont développées sur la côte, et les conditions des communautés de pêcheurs artisans se sont grandement améliorées sur le plan social, économique et environnemental. L’expérience d’ABALOBI est cruciale dans le développement de ce projet, particulièrement sur le plan technique : ABALOBI est en charge de développer la version française de l’application. Les tests et les échanges réalisés sur le terrain par Pleine Mer permettent d’adapter cette interface digitale aux réalités locales.

Quelles sont les actions d’ABALOBI au niveau international ?

AABALOBI travaille actuellement avec différents partenaires afin de les soutenir dans le développement d’outils digitaux de soutien aux CSF.

Quel est le travail mis en place au sein du partenariat entre Pleine Mer ABALOBI ?

  1. Premiers échanges et établissement d’une relation de confiance
  2. Elaboration d’une interface pêcheurs “test”
  3. Tests successifs avec les pêcheurs membres et sympathisants de l’association
  4. Retours de terrain et amélioration de l’interface par ABALOBI
  5. Elaboration d’une interface plus complète proposant un backup et une marketplace
  6. Tests successifs de l’interface avec quelques pêcheurs pilotes
  7. Retours de terrain et amélioration de l’interface par ABALOBI
  8. L’application fonctionne en routine dans quelques CSF/ports pilotes
  9. Construction d’un modèle économique (discuté tout au long du processus)
  10. Essaimage, diffusion
  11. Evaluation grâce aux données enregistrées dans l’application

Une première interface pêcheurs testée sur le terrain

Quelles innovations dans le travail avec ABALOBI ?

L’application digitale sera la première à résoudre les contraintes posées par les circuits courts dans la pêche. Les tests menés actuellement avec ABALOBI, les pêcheurs français et leur communauté permettent de travailler collectivement afin de produire un outil adapté aux réalités du terrain et des CSF. Un modèle économique de long terme est en train d’être travaillé avec ABALOBI afin que les pêcheurs et les consommateurs participent collectivement au fonctionnement en routine de l’application. La carte des circuits courts est un outil numérique constamment mis à jour et amélioré, unique en France, qui permet à chacun de trouver du poisson en direct des pêcheurs du littoral. Elle est consultée 2000 fois lors d’une semaine normale, et peut l’être des dizaines de milliers de fois en quelques jours lorsque nous lançons des campagnes de communication. Cette carte a vocation à être améliorée pour faciliter son accès sur mobile, et pour que pêcheurs et citoyens puissent la mettre à jour de manière plus autonome.  La carte et l’application sont des outils complémentaires permettant de développer différents types de CSF et de toucher différentes populations. Une application œuvrant pour plus de durabilité attirera les jeunes, qui délaissent traditionnellement le poisson frais. Sur le principe des CSF, ce système permettra un véritable contrat entre le pêcheur et le consommateur, via la traçabilité du poisson (un QR code de l’hameçon à l’assiette). Les données enregistrées sur l’application permettront d’étudier les impacts environnementaux et sociaux des CSF : évolution du nombre de jours en mer … du jamais vu dans le secteur de la pêche

Gouvernance et modèle économique envisagé

Tout d’abord, une charte sera définie par les parties prenantes de chaque CSF, et par les utilisateurs des outils digitaux et numériques. Elle pourra s’appuyer sur quelques valeurs clés des CSF : la confiance entre les acteurs du partenariat; la prise en compte des impacts sociaux, environnementaux et économiques de la pêche; un prix équitable et fixe qui permette de rémunérer le pêcheur pour son travail tout en rendant le poisson accessible; une consom’action qui respecte les rythmes de la nature et la saisonnalité; la traçabilité des produits de la mer; la qualité du poisson qui permet aux communautés d’accéder à des produits sains et nutritifs; une approche communautaire et écosystémique pour une co-gestion des pêches; un travail de sensibilisation; des outils innovants qui facilitent le fonctionnement des CSF.

Le modèle de gouvernance de l’application est discuté avec ABALOBI et les pêcheurs partenaires. L’idée est de développer un modèle coopératif où les pêcheurs, citoyens et les structures de CSF (AMAP, entreprises de l’ESS, etc.) sont propriétaires de l’application et participent à son fonctionnement. On peut ainsi imaginer un pourcentage des ventes et achats réalisés via l’application qui permettrait d’auto-financer le fonctionnement de l’application. Ce système nécessiterait aussi de mettre en place un conseil des pêcheurs et des citoyens afin de d’administrer et de gérer les questions relatives à l’utilisation de l’application, comme par exemple l’évolution de la charte collective, ou la définition d’objectifs à atteindre en matière de gestion des pêches. En effet, l’objectif est d’arriver à une système de co-gestion de l’effort de pêche (Ostrom 1992) développé collectivement entre pêcheurs et citoyens, permettant d’aller au delà des systèmes de gestion traditionnels.

Les données enregistrées dans l’application par les pêcheurs leur appartiendront et ils pourront choisir de les rendre accessible à des chercheurs afin d’évaluer l’impact des CSF.

Le genre dans la pêche, une question centrale

Beaucoup de gens imaginent la pêche comme un milieu très viril, or notre travail sur la vente directe nous prouve le contraire : sans femmes, pas de pêche artisanale durable et pas de CSF. Certaines sont embarquées bien sûr, mais beaucoup ont aussi des rôles fondamentaux à terre, comme la valorisation du poisson ou la gestion des comptes de l’entreprise. Leur travail est souvent invisibilisé, alors que leur rôle est indispensable. Comme elles travaillent souvent avec leur famille, leurs droits sont parfois peu reconnus (cf statut de conjointe collaboratrice). Nombreuses sont les femmes à adhérer à l’association, et à porter le projet pêche locale sur le terrain. En particulier, nombreuses sont celles qui s’investissent aux côtés de l’association afin de développer l’application, qui permettra de leur faciliter le travail de développement des CSF. Ce sont les femmes qui se saisissent de la question de la surpêche et développent des outils pour développer les CSF, tout en défendant leur rôle indispensable et pourtant invisibilisé.

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