Éolien en mer – Pleine Mer – 28/05/2021

L’association Pleine Mer souhaite contribuer à une transition durable de la pêche en faveur des Hommes et des Femmes qui la pratiquent, des citoyens et de l’environnement. Certains de nos adhérents et de nos sympathisants nous ont demandé de communiquer au sujet de l’éolien en mer. Nous ne sommes pas une association experte de l’énergie, et nous ne possédons pas les capacités de recherche nécessaires pour traiter ce sujet correctement. Nous relayons ici une réflexion collective sur le sujet, et nous invitons chacun à se rapprocher des associations expertes du sujet de l’énergie.

1. Le développement des énergies renouvelables est nécessaire mais pas suffisant. 

Comme l’expliquent les rapports du GIEC, les Gaz à Effet de Serre (GES) produits par l’homme sont la cause du dérèglement climatique : selon les scénarios, la température pourrait augmenter de 2 à 6 °C au cours des prochaines décennies, ce qui engendrera des modifications majeures des conditions de vie de millions de personnes sur la planète La sortie des énergies fossiles est donc indispensable pour limiter la casse tant que possible. La sortie du nucléaire dont nous ne maitrisons ni le risque, ni la gestion des déchets est un autre sujet qui appelle le développement des énergies renouvelables et sans risques.

Face au dérèglement climatique, à l’épuisement des ressources et au risque d’accident nucléaire, nous devons faire évoluer le système énergétique. Les énergies renouvelables font pleinement partie de la solution. Pleine Mer est donc en faveur du développement des énergies renouvelables, mais pas à n’importe quel prix. L’érosion de la biodiversité menace aussi les écosystèmes, et le développement de projets industriels de grande ampleur sur des zones riches en biodiversité est en contradiction avec les objectifs du développement durable. Le développement des énergies renouvelables doit donc se faire en concertation avec les habitants, les associations locales, et les usagers des zones en question, en prenant en compte les impacts environnementaux. La multiplicité de systèmes d’autonomie énergétique participe aussi de ce développement et diminue d’autant les besoins d’offres d’origine industrielle. 

De plus, le développement des énergies renouvelables n’est pas le seul facteur permettant de réduire la production de Gaz à Effet de Serre (GES). La construction d’éoliennes pour augmenter la part d’énergies renouvelables dans notre mix énergétique est une chose, mais il est indispensable de travailler sur un programme de sobriété énergétique. Des associations comme Negawatt ou le Shift Project ont analysé la consommation énergétique de différents secteurs : 

  • Le secteur du bâtiment est le premier consommateur d’énergie, et est responsable de 10% des émissions de GES à l’échelle mondiale. L’utilisation de matériaux moins émetteurs dans la fabrication de béton ou le recyclage des matériaux est un moyen de réduire les émissions et la dépendance énergétique. L’amélioration de l’isolation thermique des bâtiments permettrait de diviser par 3 la consommation de chauffage. L’extinction des appareils électriques dans les bureaux économiserait environ 1/3 de leur consommation électrique.   
  • Faire évoluer les modes de transport (marche, vélo, transport en commun) permettrait de diminuer les émissions de GES.  
  • Fabriquer des objets réparables, durables et recyclables (téléphones par exemple) réduirait la consommation de matière première et d’énergie dans le secteur industriel 
  • l’élevage intensif produit énormément de gaz à effet de serre, les bovins en large tête dans ce classement. Réduire notre consommation de viande permettrait de réduire la production de GES dans l’agriculture. 
  • Le numérique représente aujourd’hui près de 6% des GES, soit presque autant que le transport. La sobriété numérique est donc également de mise …

La transition énergétique repose donc sur une utilisation raisonnée de l’énergie et la génération de technologies plus efficaces. Si le scénario développé par l’association Négawatt est appliqué, la totalité des besoins énergétiques de la France pourrait être satisfait par les énergies renouvelables. D’autres associations comme le Shift Project l’expliquent en s’appuyant sur les recommandations du GIEC : le développement des énergies renouvelables est nécessaire mais nécessite plus de sobriété énergétique et d’efficacité énergétique. 

2. Pleine Mer n’est pas une association experte du sujet énergétique

Depuis des années, l’éolien en mer mobilise les pêcheurs et les associations environnementales locales. Ces dernières semaines, le sujet a pris énormément d’importance suite au début des travaux en Baie de Saint Brieuc. Des mobilisations citoyennes ont lieu et un mouvement national des pêcheurs est annoncé en Baie de Saint Brieuc le 29 mai 2021. En effet, les secteurs petite pêche et peche côtière en particulier sont extrêmement dépendants de la bande côtière, et les inquiétudes des pêcheurs artisans sont légitimes. 

Pleine Mer reçoit beaucoup de demandes à ce sujet, mais nous ne sommes pas une association experte de l’énergie. Comme expliqué précédemment, nous avons malheureusement très peu de moyens à y consacrer, et un seul salarié pour plancher sur les sujets des l’association qui sont déjà nombreux. Travailler sur un tel sujet demanderait une expertise de recherche que nous ne possédons malheureusement pas. 

Pour autant, nous sommes sensibles aux questions que nous posent les membres de l’association à ce sujet, et nous les invitons à prendre contact avec des associations expertes de la transition énergétique comme Negawatt, le Low Tech Lab, AEZEO, Aloen, le Shift Project et bien d’autres.

3. Les questions sur l’éolien posées par les membres de Pleine Mer 

Le développement de l’éolien en mer, et en particulier proche de la côte, pose de nombreuses questions aux membres de Pleine Mer. Comme expliqué précédemment, nous ne sommes pas une association experte du sujet, nous n’avons pas de réponse technique à ces questions, mais elles méritent d’être abordées sérieusement. 

  • Quels sont les impacts de l’éolien en mer sur les écosystèmes marins ? 
    • Quels sont les impacts au moment de l’installation ? Comment les vibrations des forages et l’augmentation de la turbidité impactent-elles la vie marine ? 
    • Dans le cas de l’éolien flottant, quel sera l’impact des ancrages (béton + chaînes) ?
    • Quels impacts sur le long terme ? Comment les panaches turbides et les ondes de compression impactent-ils la biodiversité locale ? 
  • Quelles études scientifiques indépendantes ont été menées pour comprendre les impacts environnementaux de l’éolien en mer ? Et sont-elles disponibles ?
  • Quels sont les impacts de l’éolien sur la pêche quand le projet est proche de la côte ? Comment l’avis des pêcheurs est-il pris en compte ? Quel a été le rôle des instances professionnelles de la pêche dans la mise en place de ces projets ? Comment s’assurer de la tenue des engagements pris par les responsables politiques (emplois locaux,, retombées économiques, etc.) ?
  • Quels est le processus de consultation citoyenne mis en place lors du développement d’un projet éolien ? Les résultats des enquêtes publiques sont-ils respectés lors du développement des projets ?  
  • Comment envisager d’autres modèles moins financiarisés, plus collectifs, basés sur les besoins locaux, l’autonomie énergétique et plus de sobriété ? 
  • Le développement systématique de projets industriels lourds n’a-t-il pas pour but de tenter de verdir un mix énergétique qui pourrait l’être d’avantage en multipliant les projets plus modestes mais plus efficaces, moins impactant pour l’environnement, plus acceptés localement, supportés financièrement par la communauté et l’Etat ?

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