Comment le BREXIT menace les pêcheurs artisans

Il y a un an déjà, Pleine Mer alertait sur les inquiétudes des pêcheurs artisans face au BREXIT. Aujourd’hui, pour certains artisans, l’inquiétude a laissé place à de la colère et de l’incompréhension. Pour mieux comprendre les impacts du BREXIT, nous avons posé quelques questions à Julien, marin-pêcheur à Saint-Malo.

En quelques mots, peux tu nous expliquer ton activité ?

Avec mon associé et notre matelot, nous pêchons en plongée sur notre bateau, le WELGA. C’est à dire que notre licence de pêche nous autorise à descendre sous l’eau à l’aide de bouteilles de plongée, afin d’y prélever des Coquilles-Saint-Jacques. Depuis le début de notre activité en 2020, nous travaillons principalement en baie des Saint-Malo, et sur le plateau des Minquiers, qui se situe dans les eaux anglaises. Pour nous c’est un métier passion, on pratique une technique ultra-sélective, qui n’abîme pas les fonds.

« Pour nous c’est un métier passion, on pratique une technique ultra-sélective, qui n’abîme pas les fonds. »

Et comment le BREXIT impacte-t-il cette activité ?

Avant le BREXIT, le traité de la baie de Granville permettait aux pêcheurs français de travailler dans les eaux de Jersey et Guernesey. Malheureusement, le BREXIT a mis fin à ce traité. Les bateaux qui veulent pêcher dans les eaux anglaises doivent donc prouver qu’ils ont pêché dans ce secteur depuis 2017. Et pour ce qui est du WELGA, notre dossier ne comporte pas assez de preuves, donc les autorités anglaises nous refusent notre licence. Le bateau est à quai et on ne peut plus pêcher.

Mais si vous pêchez dans cette zone depuis plusieurs années, qu’est-ce qui bloque ?

Le problème, c’est que les critères qui permettent de prouver qu’un bateau a pêché ou non dans les eaux anglaises ne sont pas adaptés à la petite pêche française. Par exemple, les bateaux anglais doivent tous posséder un VMS (Vessel Monitoring System, une sorte de système de géolocalisation). Mais ce n’est pas le cas des bateaux français de moins de 12 mètres. Du coup, quand les autorités anglaises me demandent des données VMS, je ne peux pas leur en fournir.

Et si les bateaux français concernés s’équipaient tous d’un VMS ?

Le problème, c’est que c’est trop tard. Personnellement, ça ne me dérangerait pas de m’équiper, ça coûte 2000€ mais avec les subventions c’est totalement abordable. Malheureusement, il aurait fallu être équipé sur les années de référence des autorités anglaises, c’est à dire depuis 2017. Mais à l’époque personne ne se doutait de rien. Aujourd’hui il est trop tard.

« Mais à l’époque personne ne se doutait de rien. Aujourd’hui il est trop tard. »

Et en utilisant les déclarations de pêche, ça ne fonctionnerait pas ?

C’est ce qu’on a voulu faire. L’ancien propriétaire a bien rempli son logbook papier (aussi appelé « fiches de pêche », le logbook permet au pêcheur de déclarer ce qu’il a pêché). Le problème, c’est qu’il n’a pas précisé qu’il pêchait dans les eaux anglaises. A l’époque où il pêchait, on ne parlait même pas de BREXIT, encore moins de la fin du traité de la Baie de Granville. Mais comme il manque la mention « Baie de Granville » sur les déclarations, les autorités anglaises refusent d’utiliser ces documents.

Quelles sont les conséquences pour l’armement et pour la profession ?

Concrètement, plusieurs dizaines de bateaux sont sur la « liste noire », c’est à dire qu’ils ne peuvent actuellement plus pêcher dans les eaux anglaises. C’est notre cas, et c’est dramatique : les eaux anglaises représentent au moins 40% de notre chiffre d’affaire. D’autres bateaux sont sur la liste orange ou provisoire : ils peuvent pêcher dans les eaux anglaises jusqu’au 31 janvier, et pourront continuer à pêcher ensuite uniquement s’ils ajoutent d’avantage de justifications dans leur dossier. Et puis il y a la liste verte, c’est à dire les bateaux qui ont obtenu leur licence.

Quelles alternatives sont possibles pour les professionnels qui perdent leur licence ?

Il y a quelques jours, la ministre de la mer annonçait un plan de sortie de flotte, c’est à dire casser nos bateaux en l’échange d’un chèque. Pour nous ce n’est pas une solution : on a décidé de faire ce métier là et on veut continuer. Le problème c’est que beaucoup de bateaux impactés vont chercher à pêcher dans d’autres zones, c’est ce qu’on appelle le report d’effort de pêche. Malheureusement, ce fameux report a des conséquences : trop de pêcheurs dans une même zone, ça peut amener à de la surpêche ou à des conflits.

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