Communiqué de presse – Rendre visible les dynamiques de genre dans la pêche en France

Pleine Mer – Le 25 Novembre 2022

En cette journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, au lendemain du vote de l’assemblée nationale en faveur de la constitutionnalisation du droit à l’avortement, Pleine Mer publie en français l’étude « Rendre visible les dynamiques de genre dans la pêche en France », rédigée en Anglais avec nos collègues du Transnational Institute, il y a quelques mois. En effet, la pêche fait partie des secteurs de l’emploi les plus difficiles et dangereux d’Europe. Pourtant, bien que ce secteur demeure un pilier central du système alimentaire européen, les relations de travail y sont toujours incroyablement marquées par les inégalités et le sexisme. Ce rapport analyse le cas de la France, où les femmes constituent le moteur de la commercialisation du poisson local issu de la pêche artisanale.

Comme l’explique Zoe Brent, autrice de l’étude, chercheur au Transnational Institute et à l’Université Erasmus de Rotterdam : « Le travail sur les bateaux de pêche a été masculinisé et le travail de pêche à terre, féminisé. La majorité des femmes travaillent à terre, couvrant un vaste éventail de tâches productives et reproductives, mais un certain nombre de femmes travaillent sur les bateaux, malgré les nombreux obstacles. Depuis longtemps, les femmes s’organisent au niveau collectif dans le secteur de la pêche en Europe en vue d’améliorer les conditions de travail et le bien-être des familles de pêcheurs. Les difficultés auxquelles les femmes font face aujourd’hui sont le prolongement d’une lutte qui a essuyé des victoires et des échecs au fil des décennies, mais ne sont en aucun cas nouvelles. »

En plus, d’être invisibilisé le travail des femmes dans la pêche est extrêmement intense, comme le raconte une pêcheuse interviewée dans cette étude : « Mon mari arrive au port à 17 h et je l’aide à décharger le poisson. Je vends généralement une partie de ce qu’il a pêché près du bateau. Je mets le reste dans le camion puis je rentre chez moi et le mets au frigo. Le lendemain matin, à 6 h 30, je remets le poisson dans le camion et je retourne au marché. À 7 h 30, je suis derrière mon étal. Je reste généralement jusqu’à 13 h 30 ou 14 h. Ensuite, je rentre chez moi, je nettoie le camion et je fais la comptabilité. Je ramène les chèques et le liquide à la banque et c’est l’heure de retourner au port pour attendre l’arrivée du bateau. J’ai à peine le temps de déjeuner à midi ! »

Pour faire changer les choses, diverses pistes d’actions sont envisageables. Tout d’abord, la reconnaissance juridique et la représentation restent partielles pour de nombreuses femmes, d’où la nécessité de continuer à faire pression pour améliorer la réglementation du travail dans la pêche afin de venir à bout du sexisme. De plus, le modèle de pêche dominant, masculinisé et industrialisé, fait du travail sur les bateaux un environnement hostile pour beaucoup de femmes. Il est nécessaire de modifier les normes de genre et les mentalités et de développer des infrastructures plus inclusives à bord des bateaux.

Nous devons reconnaître le rôle central des femmes dans la commercialisation du poisson à travers l’Europe aujourd’hui. Elles détiennent un pouvoir stratégique et ont une idée précise des changements qui doivent être entrepris dans le secteur de la pêche. Mais pour leur permettre d’apporter ces changements dans le secteur, une plus grande attention et un plus grand soutien (de la part des politiques, des autres travailleurs dans le milieu de la pêche ainsi que des populations côtières et des consommateurs) doivent leur être portés pour alléger les nombreux fardeaux qu’elles supportent au quotidien dans la sphère productive et reproductive.

Contacts Presse : 06.29.10.47.76 association_pleine_mer@riseup.net

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